« La pandémie de sida est une crise des droits de la personne »

Irene Khan, secrétaire générale d’Amnistie Internationale, 15 juillet 2004
XV conférence internationale sur le sida, Bangkok

Le VIH/sida représente une réelle menace pour l’ensemble des droits de la personne, aux niveaux civil, politique, économique, social comme culturel, sapant la capacité des individus à défendre leurs droits et celle des gouvernements à respecter, à protéger et à promouvoir les droits. Le VIH/sida pose des défis particuliers en ce qui a trait notamment à la stigmatisation et à la discrimination, à la confidentialité et au droit à l’information en matière de santé, de même qu’à l’emploi.

Selon ONUSIDA, « plusieurs pays ont toujours des politiques qui font obstacle à l’accessibilité et à l’efficacité des mesures liées au VIH pour la prévention et les soins. Parmi les exemples, on peut citer les lois qui criminalisent les rapports sexuels consensuels entre hommes, interdisent aux détenus l’accès aux préservatifs et aux seringues, et utilisent le statut de résidence pour restreindre l’accès aux services de prévention et de traitement. Dans le même temps, les lois et règlements protégeant les personnes infectées par le VIH de la discrimination ne sont pas promulguées, ou ne sont pas pleinement mises en œuvre ou respectées. »

« La protection des droits fondamentaux, à la fois des personnes vulnérables à l’infection et de celles déjà infectées, est non seulement juste, mais elle donne aussi des résultats positifs en matière de santé publique contre le VIH. La protection des droits de l’homme et la promotion de la santé publique se renforcent mutuellement. » (« Droits de l’homme et VIH ». Site Internet d’ONUSIDA.)

Ainsi, la riposte à l’épidémie de VIH doit prendre de plus en plus la forme d’un playdoyer vigoureux afin que soient protégés, encouragés et mis en application les droits de la personne liés au VIH. Les instances non gouvernementales, internationales comme locales, multiplient leurs efforts non seulement afin que les états respectent leurs obligations en la matière, mais aussi afin de responsabiliser les individus et les communautés à exiger le respect de leurs droits dans le contexte de l’épidémie de VIH.

Au Québec, les personnes vivant avec le VIH/sida comme tous les citoyens peuvent se prévaloir de la loi, s’appuyer sur la Charte des droits et libertés de la personne ou encore faire appel à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. Mais dans les faits cette crise des droits fondamentaux sévit ici aussi : la stigmatisation, la discrimination et le non respect de la confidentialité nuisent gravement à la prévention du VIH, à l’état de santé de la population en générale et à la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH/sida.

Extrait du discours de Irene Khan

« En ne protégeant pas les droits et la dignité des personnes, on alimente la pandémie en l’aggravant.
(…) Où que nous regardions, la discrimination et les inégalités véhiculent l’épidémie. Où que nous regardions, le virus du sida exacerbe les inégalités existantes et crée une combinaison fatale de stigmatisation et de rejet. C’est vrai pour les travailleurs migrants, les personnes déplacées et les réfugiés, pour les communautés appartenant à des groupes ethniques ou indigènes minoritaires, pour les jeunes gens et pour les handicapés, pour les prisonniers, les travailleurs du sexe, les consommateurs de drogues injectables, les minorités sexuelles et les femmes.
(…) La protection et la promotion des droits humains sont essentielles si nous voulons garder l’espoir de prévenir le VIH et de minimiser l’impact de la maladie »

Lors de son discours, Irene Khan avait appelé les gouvernements à mettre les droits humains au centre de toute réponse à l’épidémie de sida en :
- reconnaissant clairement leurs responsabilités en matière de protection, promotion et respect des droits humains ;
- lançant des réformes juridiques afin d’assurer à tous un accès égal exempt de toute discrimination ;
- créant un environnement de soutien aux groupes vulnérables et aux personnes infectées.

« Il n’y a peut-être pas de réponse rapide au problème du sida, mais il y a une façon efficace d’aller de l’avant. Cela demande un engagement durable en faveur des droits humains qui doivent être mis au centre de toute réponse que nous apporterons à la maladie. »